Soir de pluie
La pluie tambourine sur la véranda. Le revêtement de plastique amplifie le son comme s'il tombait une mousson tropicale, et tout contre les baies vitrées, je vois les rosiers se balancer dans les rafales de vent. Il fait nuit. J'ai emménagé avant-hier dans la grande maison, celle que Nat et Fred ont confié à mes bons soins jusqu'en janvier. Je vais la chauffer, l'aérer, la briquer et la bichonner en attendant leur retour. Mais pour le moment, il faut que je m'y installe. C'est difficile de se trouver une place dans la maison de quelqu'un d'autre. C'est tellement personnel, une maison, un lieu de vie. Pour le moment, je me sens comme un oignon blanc dans un bocal de cornichons, bien plongée dans ma saumure, mais un peu seule, petit corps étranger dans un univers à explorer. Il faut que je me glisse dans les interstices, que j'ose faire une place pour mes paquets de pâtes et mes tisanes, jeter un bouquet fané, sortir un drap et une couverture de ...