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Affichage des articles du septembre, 2021

Soir de pluie

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  La pluie tambourine sur la véranda. Le revêtement de plastique amplifie le son comme s'il tombait une mousson tropicale, et tout contre les baies vitrées, je vois les rosiers se balancer dans les rafales de vent. Il fait nuit. J'ai emménagé avant-hier dans la grande maison, celle que Nat et Fred ont confié à mes bons soins jusqu'en janvier. Je vais la chauffer, l'aérer, la briquer et la bichonner en attendant leur retour. Mais pour le moment, il faut que je m'y installe. C'est difficile de se trouver une place dans la maison de quelqu'un d'autre. C'est tellement personnel, une maison, un lieu de vie. Pour le moment, je me sens comme un oignon blanc dans un bocal de cornichons, bien plongée dans ma saumure, mais un peu seule, petit corps étranger dans un univers à explorer. Il faut que je me glisse dans les interstices, que j'ose faire une place pour mes paquets de pâtes et mes tisanes, jeter un bouquet fané, sortir un drap et une couverture de ...

Cuisiner une vieille

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  Il faut apprendre à vivre "ailleurs". En traversant le pays, je suis entré dans un autre. Nous entrons toujours dans un autre univers lorsque nous quittons le nôtre. Pour peu que l'on accepte de faire preuve d'un peu d'humilité. Il y a des choses comme ça, que j'apprends petit à petit. Ici, chaque jour, on regarde les horaires des marées, le coefficient, le marnage. Pour choisir la plage, c'est primordial. Certaines n'existent même plus à marée haute, d'autres obligent à crapahuter dans les rochers à marée basse. Mais bien sûr, ceci est une vision de touriste. Ici, les marées sont importantes pour tout. La pêche, les bateaux, le risque de submersion.  C'est moins prégnant qu'il y a un demi-siècle, l'île ne vit plus des ressources de la mer, mais tout de même, la respiration de l'Océan reste présente pour chaque insulaire, en bruit de fond, toujours. Dans trente ans, la ville de Palais a toutes les chances d'avoir les pieds dan...

C'est beau un phare, la nuit.

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Mon jardinier est parti lundi. Ça bruissait fort dans les branches de l'arbre, il me fallait apprendre à remettre la sève en route, sans aucun secours que celui que je pouvais espérer en puisant loin dans les racines les plus profondes. Et c'était un peu dur. Donc, hier soir, je suis allée au pot de départ de Nicolas, un collègue que je connaissais à peine. Car oui, même si nous nous croisions dans les couloirs du bâtiment de la Communauté de Communes (qui n'est pas le bâtiment dans lequel je travaille), je n'arrivais même pas à remettre un visage sur l'expéditeur du mail qui m'invitait, avec tous les autres, à boire un coup et passer une soirée toute simple au phare de Kervilahouen (ou Grand Phare de Goulphar, va donc savoir pourquoi il a deux noms, mystère...), où plusieurs collègues sont en coloc dans les bâtiments annexes. Bien sûr, je l'avais rencontré, ce jeune homme au visage rond et barbu, à la mèche tombant sur les yeux. On avait même dû échanger qu...

Un peu d'introspection, ça vous dit ?

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Partir m'a été facile. Cela a toujours été facile pour moi. J'ai fait du nomadisme, géographique ou professionnel, une de mes spécialités, que j'ai peaufinée au fil du temps et des kilomètres. Cela faisait trop longtemps que je n'avais pas mis les voiles, l'Île m'a fait de l’œil, et je n'ai pas pu résister. La fuite est mon péché mignon. Je me suis sentie comme une adolescente qui quitte pour la première fois le toit familial, les ailes encore malhabiles mais prêtes à se déployer...enfin, se redéployer en ce qui me concerne, car j'ai depuis un bon moment dépassé l'âge des boutons d'acné et des crises de furie de l'âge bête. Quoi que. Bref, la perspective de traverser la France en diagonale pour une destination exotique m'emplissait les yeux de licornes à paillettes, la découverte d'un nouveau cadre de vie, de travail, d'amitiés me tournait le bourrichon, et je ne me sentais ni coupable, ni inquiète. Je vois dans le regard interlo...