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Affichage des articles du août, 2021

En direct de l'absurdie

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  Cette île est une merveille. J'imagine que ce n'est pas le seul joyau des îles bretonnes, mais c'est là que je suis, donc là d'où je parle. Le soleil n'était pas encore très haut sur l'horizon quand je suis partie en pédalant ce matin, un bon petit vent frais de face. Il y avait une lumière douce dans les arbres aux feuilles clignotant sous la brise, les poulains de la ferme de Bordoulic dansaient gauchement autour de leurs mères, les lapinous gambadaient dans leur pré en se foutant bien de ma présence sur la route, une légère brume sourdait du bois aux abords de Bordustard, ça sentait la mer, l'herbe froide et la terre un peu sèche. Je comprends qu'on veuille vivre ici au moins une partie de l'année, le printemps et l'automne doivent être magnifiques et moins étouffés de touristes, ce doit être le paradis. Si je pouvais envisager sans sourciller l'achat d'une maison à 4800 euros le mètre carré (en moyenne), je serais tentée aussi p...

L'Océan console de tout

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    Quand je pose le pied sur la plage... Non, quand je suis en face de l'océan, j'oublie tout. Cette profondeur de bleu indescriptible, cette odeur, cette fraîcheur qui m'enserre les chevilles, ce goût ancestral, ce friselis scintillant, ça vous console des douleurs et des absurdités du monde. Même avec le troupeau de jeunes qui gloussent bêtement avec leur musique trop forte, même avec les bambins qui pleurent parce que leur petite sœur les a éclaboussés, même avec les allemands qui posent leur serviette à deux mètres de la mienne, comme si la plage de Donnant n'était pas assez grande. Le soleil descend sur les rochers noirs et aigus qui dégringolent jusqu'à la mer et adoucit les courbes du plateau herbeux où galopent quelques accros du trail shootés à l'endorphine, le sable crème est doux sous les pieds, et, vu du ras du sol après ma baignade, chaque courant d'air emporte des avalanches miniatures d'or pâle  sur des dunes modèles réduit. Le sel me pi...

Le dimanche à Bangor et autres considérations

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  Ce matin, au café-librairie de Bangor, j'ai bu un macchiato que n'aurait pas renié un barista italien. La mousse de lait ferme à point (le sucre versé dessus ne s'y enfonce pas), le café bien fort, un air de Toscane sous le ciel breton mitigé. Bon, 1,50 euros, mais c'est moins cher que le café pas bon du bar d'à côté. Ça sent la fin de saison dans le regard fatigué des commerçants du marché. Il y a encore une queue monstre devant les fruits et légumes, comme devant le camion du boucher-charcutier où j'ai patienté longuement pour mes six tranches de jambon et mon andouillette. Bientôt, les forains qui vendent des babioles vont remballer la marchandise à touristes. Les mugs de Belle-Ile, les t-shirts, les bougies, les bijoux artisanaux et les tableaux plus ou moins originaux vont rentrer dans leurs cartons, et il ne restera le dimanche que les commerçants du cru, les maraîchers, le boucher, les fromagers. J'ai hâte de les voir l'hiver, d'avoir le tem...

De Ty Néué à Haute-Boulogne

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      Je pars en vélo presque tous les matins. Une collègue m'a indiqué les petites routes discrètes qui évitent de se faire frôler par les touristes qui n'ont pas compris le bonheur du temps lent. Je passe par Kériéro, devant la ferme où les poules se baladent au milieu des vaches et des chevaux, voire traversent la route avec des airs de princesses au petit pois. Puis je tourne en direction de Runello, où chaque jour, j'observe les lapins et les lièvres qui gambadent, toujours dans le même pré couvert de rosée. Il n'y a pas de prédateurs sur l'île. Pas une fouine, pas un renard, pas un blaireau. Il paraît qu'après le premier confinement, il y a eu une hécatombe de faisans et de lièvres confiants sur les routes qu'ils avaient colonisées en l'absence de voitures. Il y a eu davantage de morts que pendant la période de chasse. Je me dis que les chasseurs d'ici n'ont absolument aucun mérite, je pourrais moi-même attraper à la main un lapereau pour m...

Les clairs-obscurs

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  Je ne connais pas encore très bien "mes" salariés du chantier d'insertion, je ne les fréquente que depuis deux semaines... Il y a Jaro (*), d'origine serbe, qui vit dans une caravane depuis sa séparation, et qui attend un logement social depuis deux ans. Il a failli en avoir un à la dernière commission, mais seulement failli. Il ne peut pas recevoir ses enfants dans la caravane, du coup, il les voit assez peu, et en souffre beaucoup. Jaro est discret, presque timide. Il parle un français assez comique, roule des yeux quand il n'arrive pas à traduire et hausse les épaules pour finir. Il vient d'apprendre qu'il a un hématome sous-dural (un truc moche au cerveau), ce n'est pas la première fois. Il prend des médicaments contre la douleur qui me mettraient dans le coma à coup sûr. Il va devoir se faire opérer, et il angoisse, car l'opération n'est pas sans risques. Ensuite, vient Florent. Il a trente ans, pas de dents, des yeux d'un bleu éblou...

Premiers regards

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  Lorsqu'on regarde d'anciennes cartes de l'île, on lit dans le grand bleu de l'océan ces deux indications évocatrices : "Côte en-dedans", et "côte en-dehors". La première épouse la courbe concave à l'Est de l'île, là où accostent les navires qui font la liaison avec le continent et la seconde s'enroule côté Ouest, du côté des gros vents, des rochers aigus et des vagues en rouleaux. Je suis arrivée ici voici quinze jours, en provenance d'une autre sorte d'île, une vallée enclavée entre de hautes montagnes, où la route nationale unique qui traverse d'Est en Ouest s'apparente à la liaison maritime, où l'afflux de touristes l'hiver ressemble fort à l'envahissement que connaît l'île l'été, où les riches ont des résidences secondaires au pied des pistes, comme les nantis ont ici d'élégantes maisons qui surplombent la mer. Je suis venue pour travailler auprès de personnes "en insertion", puisque...