De Ty Néué à Haute-Boulogne

 

 
 
Je pars en vélo presque tous les matins. Une collègue m'a indiqué les petites routes discrètes qui évitent de se faire frôler par les touristes qui n'ont pas compris le bonheur du temps lent.

Je passe par Kériéro, devant la ferme où les poules se baladent au milieu des vaches et des chevaux, voire traversent la route avec des airs de princesses au petit pois. Puis je tourne en direction de Runello, où chaque jour, j'observe les lapins et les lièvres qui gambadent, toujours dans le même pré couvert de rosée. Il n'y a pas de prédateurs sur l'île. Pas une fouine, pas un renard, pas un blaireau. Il paraît qu'après le premier confinement, il y a eu une hécatombe de faisans et de lièvres confiants sur les routes qu'ils avaient colonisées en l'absence de voitures. Il y a eu davantage de morts que pendant la période de chasse. Je me dis que les chasseurs d'ici n'ont absolument aucun mérite, je pourrais moi-même attraper à la main un lapereau pour mon dîner !

Le long de la forêt de Bruté, ce sont souvent des faisans qui s'envolent en entendant le bruit de mon panier métallique qui grince à l'avant de mon vélo. Je passe devant le magnifique manoir du Souverain, puis je longe la station d'épuration, la partie la moins agréable du trajet. Eric, l'encadrant du chantier d'insertion, un bellilois rebelle au regard d'enfant, m'a expliqué qu'elle était sous-dimensionnée par rapport à l'énorme flux de population qui envahit l'île en été. Ces crétins de politiques, dit-il en fronçant le nez...
Ensuite, je coupe une plus grande route à Loctudy pour de monter sur Bellevue, et j'arrive à Haute-Boulogne, où je gare mon vélo sous l'abri prévu à cet effet, au pied d'un énorme figuier dont l'odeur sucrée me chavire les narines.

J'entre au bureau - ne pas oublier l'alarme dont le code me fait pouffer tous les matins(*) - et je prends le temps de faire le café pour tout le monde. J'aime être en avance, allumer les ordinateurs, me balader entre les bureaux sans masque. C'est étrange comme je me sens ici... Cela me rappelle les matins à Millau, du temps où le boulot avait encore un sens, le plaisir que j'avais à sentir l'odeur du café se répandre dans l'agence, les rires des collègues qui arrivaient les uns après les autres, les journées qui commençaient bien. Cela faisait longtemps.

J'entends arriver Sylvie, Manu et Hervé, on va prendre le temps de papoter cinq minutes en touillant le sucre dans nos tasses, peut-être sur la table dans le pré à l'extérieur s'il fait beau. C'est le mois d'Août, la ville est encore couffie de touristes, mais ici c'est encore calme. Nous en profitons. En Septembre, ce sera le contraire...

 

(*) le code, c'est "3949" !

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