Articles

Retour au bercail (ou presque)

Image
  Je suis rentrée hier dans ma vallée alpine. Le ciel y est d'un bleu violent, les sommets sont couronnés de blanc et sur la petite route d'accès à la maison, de larges plaques de glace vive s'accrochent au macadam là où les arbres font de l'ombre sur la chaussée. J'ai mis au lave-linge les draps, couverture et duvets qui sont restés dans le camion pendant plusieurs semaines et y ont pris un odeur d'humidité typiquement bretonne. J'ai remisé ma carte insulaire dans une boîte fourre-tout où elle se fera une place parmi les petits objets insignifiants que l'on garde en souvenir, et dont un seul effleurement du bout des doigts fait remonter un visage, une odeur, un goût unique du fond de la mémoire. J'ai rangé les vêtements d'été, les maillots de bain chinés chez Keelie, les livres que je n'ai pas pu m'empêcher d'acheter à la Veilleuse, et tout un tas d'objets qui seront désormais pour moi les marqueurs de cette demi-année belliloise...

Dernière ligne droite

Image
  Ce matin, je me suis gelé les mains en allant à vélo à Bangor. Finaude que je suis, j'ai déjà rangé une partie de mes affaires dans le camion, palmes, serviettes de plage, maillots de bain et... accessoires de vélo, dont les gants. J'ai eu la flemme d'aller fouiller au fond du coffre. Résultat, en arrivant sur la place du marché, j'avais les doigts bleus. Et je me suis souvenue que les deux bars étaient fermés. Soupir. Oui, j'ai déjà commencé à ranger les choses dont je pensais ne plus avoir besoin. C'est mon côté "prévoyance-stress-panique", le même qui fait que je flippe d'être dépendante d'un bateau aux horaires contraints, d'un rendez-vous Blablacar que j'ai peur de rater, ce traumatisme venant de je ne sais où qui me fait arriver une demi-heure en avance à un rencart et donc préparer mes affaires pour partir une semaine à l'avance. Car dans cinq jours, je serai partie. Je compte les "dernières fois". Demain, dernier...

Danser encore

Image
  Voilà. On a ajouté un chiffre à un nombre, et on a sauté de 2021 à 2022. Je suis assez hermétique aux périodes de fêtes obligatoires, à vrai dire. Le trente-et-un décembre n'est en rien différent du premier janvier, et la seule réflexion que cela m'inspire est que je vais encore me tromper pendant des semaines en mettant la date sur tous les documents, chèques, fiches de prescriptions et autres tableaux Excel. Ceci dit, j'ai passé un très bonne soirée de réveillon chez Hervé et Valérie, avec leurs amis, leur chaton branché sur le 220 et un gigot d'agneau de Belle-Ile cuit lentement au four, à se damner. Nous avons ri et bu, joué aux dés, écouté Bernard Lavilliers. C'était un bon moment, sans masque, hors du monde. Hier, j'avais déjà oublié qu'on était le premier janvier. En me levant fort tard, j'ai entendu l'océan. Ce bruit unique, perceptible depuis la fenêtre de ma chambre, qui me colle in petto un sourire idiot sur le visage. Ce roulement de to...

Pause terrienne

Image
Je n'ai pas l'occasion de sortir tous les quatre matins. Je dis "sortir" comme s'il s'agissait de s'évader d'un enfermement, mais non, ce ne devrait pas être le mot juste. Traverser, peut-être, juste ça. Il faut avouer que le prix du passage en bateau est assez prohibitif. Avec mon petit camion nomade, j'en ai pour 90 euros l'aller-retour, et encore, je suis titulaire de la carte insulaire ! Sinon, c'est 320 euros. Prohibitif, je vous dis. Pour le coup, je n'ai fait que deux escapades sur le continent : En novembre lors d'un week-end à rallonge, pour aller dans les monts d'Arrée, et la semaine passée, pour les fêtes de Noël. Les mois précédents, j'avais bien songé à prendre le bateau sans véhicule pour aller visiter Vannes, par exemple, mais la complexité des transports en commun m'a stoppée net. Depuis Quiberon, il faut prendre un bus (dont les horaires ne correspondent pas toujours à ceux du bateau), puis le train à Au...

Brumes d'hiver

Image
  Depuis deux jours, nous nageons dans la brume. Ce matin la visibilité n'excédait pas quelques mètres, et, roulant prudemment sur la route dépourvue de toute marque au sol, je fredonnais un requiem pour tous les faisans, lièvres et lapins qui allaient vers une mort certaine dans la purée de pois. J'étais en avance, j'ai fait un petit détour jusqu'aux remparts derrière l'ancien bagne pour voir ce que cette brume pouvait bien donner sur la mer. Eh bien, rien ! Plus d'océan, ou presque. Je me serais crue sur les rives d'un petit lac, que dis-je, d'une mare grise et presque immobile, comme asphyxiée par un édredon pesant, de ceux qui réchauffent par étouffement plus que par leurs qualités thermiques. Même les mouettes étaient silencieuses, sans doute roulées en boule au creux des falaises, la tête sous l'aile, refusant ce tableau pathétique. "Ça crachine, ai-je hasardé en retrouvant mon collègue Manu devant la porte du boulot. Sous son éternel bonn...

Libération

Image
    J'ai eu beaucoup du mal à m'extraire du lit quand le réveil a sonné à 6h30. Il faut dire que j'ai passé une nuit très très moyenne, entre une poussé de fièvre suante et tremblante probablement due au vaccin de mardi, et une opération "fenêtres ouvertes" à 3h du matin, quand ce satané vent a tourné et qu'une épaisse fumée est montée jusqu’à la chambre, où je je me suis retrouvée dans le brouillard. Mais pas moyen de me faire porter pâle, j'avais un bateau à 7h45 pour emmener Max se faire enlever son bracelet électronique. J'aurais tout fait, pendant ces six mois, les dossiers d'aide au logement, les batailles avec la Sécu, les négociations avec les Impôts, les dossiers de complémentaire santé solidaire, et maintenant, l'administration pénitentiaire. Chaque jour, je me fais la réflexion qu'on vit dans un monde de fous, et cette incursion dans le monde de la justice n'est pas de nature à me faire changer d'avis. Max était en cabane...

Gratuit mais pas sans valeur.

Image
Il a fait gris tout la journée. J'ai fait un saut ce matin à la "Zone de gratuité" organisée à la salle Arletty, où j'ai retrouvé quelques collègues qui font des heures sup dans la bonne humeur. Ici, on donne, et on prend, c'est tout. D'une simplicité absolue, rafraîchissante en cette période plutôt pénible. "On ne paie rien, vraiment ?" me demande une dame. Non, vraiment. Ni les livres (forcément j'en ai trouvé un à embarquer !), ni les vêtements (une écharpe, une chemise et des guêtres d'équitation pour moi), ni les boutures de plantes, ni la vaisselle, les écrans d'ordinateur, rien. A se demander pourquoi on paie le reste du temps. J'aime penser que c'était le week-end du Black Friday. A midi, j'ai rejoint mes musicos au Kervi, je me suis fait mal aux doigts sur la guitare folk, et j'ai bien aimé ça aussi. Il y avait un nouveau, un joueur d'harmonicas - oui, au pluriel, les harmonicas !- qui doit bien avoir quatre-v...